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Vis ma vie de haricots

Bonjour les amis,

Les haricots verts sont arrivés !

Oh mais dis donc, ce n’est pas donné… Ils ne s’embêtent pas les maraîchers ! C’est quand même beaucoup plus cher que les haricots verts défraîchis et récoltés par des esclaves dans un pays lointain que j’achète dans mon supermarché préféré. Ils exagèrent : en plus, ils vendent en circuit court, donc il y a moins d’intermédiaires, ça devrait être moins cher. Allez, je retourne acheter des objets jetables chez Action, ça vaut plus le coup.

 

votre avis, pourquoi les haricots verts coûtent chers ?

  1. Parce que c’est bien connu : les maraîchers se font un max de thunes sans trop se fouler sur le dos des honnêtes gens, et qu’ils utilisent ces fonds illimités pour financer les fachos à travers des médias et des maisons d’édition,
  2. Parce que Guillaume a eu 50 ans cette année et qu’il veut s’acheter une voiture de sport,
  3. Parce que ça coûte cher à produire et que le système est très mal fichu.

Vous l’avez deviné, ce sont bien les réponses B et C.

Pour tout comprendre, explications de comment on fait pour avoir de délicieux haricots verts en juin, en Normandie et sans produits chimiques.

 

Étape n°1

Début mars : On sème notre première série de haricots verts en pépinière (coût d’achat environ 5 000€ mais prix d’avant COVID donc beaucoup plus cher aujourd’hui + achat du terreau et des graines BIO + un peu d’électricité pour la nappe chauffante + coût de la main d’œuvre)

Étape n°2

Début avril : On prépare la plantation qui est forcément sous serre à ce moment de l’année (coût d’achat avant COVID environ 8 000€ pièce sans compter tout l’équipement) on protège du froid avec des voiles (qu’on enlève le matin et qu’on remet chaque soir, ce qui en tout représente une journée de travail supplémentaire par semaine entre mars et mai) et on croise les doigts pour que des températures trop basses n’abrègent pas le destin de nos haricots.

 

Étape n°3

Ils poussent !!! On installe de la paille pour éviter l’enherbement et un filet de tuteurage pour que les haricots puissent grandir.

Les premiers haricots sont prêts, la récolte commence. Une récolte manuelle faite par des gens qui sont rémunérés en France dans le respect des règles en vigueur.

Étape n°4

C’est pas encore fini cette histoire ?

Pour que nos haricots se conservent bien, ils sont stockés dans une chambre froide. Et devinez quoi : elle n’est pas gratuite, celle-ci… ni l’électricité qui la fait fonctionner.

Ensuite, il y a la vente. Si on cumule le temps de gestion des commandes, de préparation du drive, d’installation du magasin, de rangement, tout ça, tout ça… ça représente une journée et demie de travail pour deux personnes chaque semaine.

Étape n°5

Rien ne vous choque dans cette histoire ?

Si, évidemment.

Là, on fait comme si tout se passait bien, alors qu’il y a… LA LOOSE.

Les haricots ne font pas exception : quand ils ont survécu au froid, aux limaces et aux oiseaux, les acariens arrivent au premier coup de chaud pour essayer de tout détruire. Et cette année, le premier coup de chaud est déjà passé… donc les acariens sont déjà là.

Regardez bien : il y a des petits points jaunes sur ces feuilles de haricots.

Et si on ne fait rien ou si ce que l’on fait ne fonctionne pas, regardez ce qui arrive…

Si je résume : Nous avons à peine commencer à les récolter que nous allons maintenant consacrer du temps à limiter les dégâts de cette bestiole, en pulvérisant une préparation sucrée sur les feuilles.

Dernier point : vous vous dites sans doute qu’une ferme est, somme toute, une entreprise classique dont les revenus sont générés par la différence entre ses dépenses et ses recettes.

FAUX.

Une grande part des exploitations est sous perfusion d’argent public : les fameuses aides PAC, première dépense de l’Union européenne, qui sont une des raisons pour lesquelles ce système défaillant et inefficace perdure.

Pour faire simple, dans le modèle agricole dominant : on fait du volume, on pollue à mort, on mécanise, on s’agrandit, on produit de la basse qualité et on va brûler des pneus devant la préfecture quand le cours mondial de ce qu’on produit baisse. Et c’est ça qui rapporte le plus.

Et nous alors ? Les aides sont calculées à l’hectare et nous cultivons environ 3 000 m² de légumes, soit 0,3 hectare… est-il nécessaire de vous faire un dessin ?

Donc chez nous, c’est comme dans n’importe quelle boutique : on dépense, puis on vend. Et si on veut être payé pour le travail qu’on a fourni, il faut croiser les doigts pour que le solde entre les deux soit positif.

A bientôt !

Magali & Guillaume